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FemAid

UNE CAMPAGNE DE SENSIBILISATION CONCERNANT LE VIOL ET L'EXPLOITATION MINIERE EN RDC

8 Janvier 2013, 17:21pm

Publié par Carol Mann

UNE CAMPAGNE DE SENSIBILISATION CONCERNANT LE VIOL ET L'EXPLOITATION MINIERE EN RDC

L’économie mondialisée et le viol en RDC : les rapports occultes

ET S’IL Y AVAIT UN RAPPORT ENTRE L’ORDINATEUR SUR LEQUEL VOUS LISEZ CET ARTICLE ET LE VIOL EN RDC ?

De plus en plus de facteurs concordants indiquent qu’il y une corrélation directe entre les viols de masse en RDC et l’exploitation des matières premières essentielles à la fabrication de nos outils informatique quotidiens.

Chacun de nous pourrait changer l’état des choses en exigeant la transparence de la part des fabricants

FemAid avec Women in War lance une campagne de sensibilisation qui devrait mener à:

- une journée de grève internationale de téléphone portable

- cette journée sera consacrée à des débats sur le lien entre l’exploitation des ressources et les abus des droits humains partout au monde

- une pression de toutes les associations et les individus associés à cette action sur les fabricants

- l’exigence d’un sticker marqué Violence-Free Technology, apposé par les fabricants qui se sont engagés à la transparence

- les fonds recueillis par cette campagne financeront des cours de self-défense en RDC pour les jeunes filles-

Dans l’ordre

- Nous travaillons à la création d’un clip pour You-Tube et une page Facebook

- Nous avons besoin de votre soutien et celui de tous les organismes qui désirent devenir des relais pour mener à bien cette action ambitieuse

- Disseminez l’information, organisez de votre côté des événements

Le comportement des consommateurs a pu réduire le recours au travail des enfants pour les articles de sport en Inde, Pakistan et au Bangla-Desh.

Les films précisent à présent qu’aucun animal n’a été mal traîté pendant le tournage

Et si nous refusions l’électronique issue de la violence ?

Cela ne tient qu’à vous.

Mobilisez-vous

Pour tout renseignement

Pour tout renseignement Contact FemAid info@femaid.org

L’économie mondialisée et le viol en RDC : les rapports occultes

Nous vivons dans un univers électronique fait de téléphones portables, d’ordinateurs de plus en plus légers, d’appareils photos, de MP3, tous renouvelés à une cadence accélérée. Combien d’entre nous se penchent-ils/elles sur l’origine des matériaux utilisés pour la production de ces outils à présent indispensables pour la vie de tous les jours ?

Les principaux métaux utilisés pour leur confection comprennent l'or, la cassitérite, le wolframite. Le coltan, radio-actif renferme la columbite et la tantalite qui produisent un métal qui résiste à la corrosion et qui se vend au prix de l'or, sur les marchés officiels. Ces minerais servent à la fabrication de composants électroniques pour des objets de notre quotidien, comprenant : les ordinateurs portables, les appareils médicaux de tout genre, appareils photos, caméras, GPS, armement télécommadé (drones, missiles)? XBox, Nintendo, MP3, tablettes, lecteurs électroniques et les plus emblématique de tout, les smartphones, téléphones portables. Selon les statistiques d'Erikson de juin 2012, 87 % de la planète serait équipé, ce qui représente quelques 6,2 milliards d'abonnements téléphoniques

Avant de se retrouver en Chine, ces minerais sont exportés clandestinement, rachetés et re-expédiés par des negotiants venus du monde dit développé, et des abus des droits humains accompagnent chaque étape

Les minerais employés pour leur fabrication appartiennent au secteur dit ‘minerais de conflit’ ou ‘minerais de sang’ qui proviennent largement de l’est de la RDC, siège de conflits armés actuels d’une brutalité extrême. C’est dans cette région que se déroulent les guerres les plus sanglantes de la fin du XXe siècle et du nouveau millénaire[1]. Parmi les atrocités qui se déroulent au quotidien, figure en bonne place le viol, véritable arme de guerre.

Les statistiques - toujours en-deça de la réalité- sont terrifiantes. Rien que pour une année 2006-2007, une étude publiée dans le American Journal of Health en 2011 dénombre plus de 400 000 mille victimes.En dépit de diverses politiques humanitaires, rien ne semble changer: la même étude estime qu’une femme au moins se fait violer par minute en RDC, en particulier dans la région des Kivu.

Une analyse trop restreinte du viol de la part des “experts”.

Et si l’analyse qu’en font les agences humanitaires était trop limitée ?

En règle générale, les ONG incriminent de façon non-définie la guerre en général (sans en préciser les causes), et les chefs de guerre sanguinaire (sans se poser la question de motivation). Les stéréotypes de genre dominent toute analyse sur le schéma d’hommes nécessairement mauvais exerçant une violence gratuite envers des victimes toujours féminines. Là-dessus se greffent des considérations ‘tribales’ aux relents essentialistes, voire racistes provenant d’ONG qui sont généralement domiciliées dans les anciennes puissances coloniales.

Celles-ci omettent de prendre en considération les données suivantes :

1) En toile de fond derrière les activités meurtrières des chefs de guerre et groupes armés, se profile une situation économique et politique complexe où dominent les intérêts de l’économie globalisée.

2) Les sociétés qui exploitent les mines pour le compte des multinationales ne possèdent pas d’armée privée et ont recours aux milices locales tant pour accéder aux mines que la mise-en-place de leur exploitation.

3) Le viol collectif est devenu une forme de terreur systématique exercée de plus en plus systématiquement dans des zones minières de la RDC exploitant les matières premières utilisées pour la fabrication des outils électroniques (par exemple dans la région de Walikale qui regorge de mines de cassitérite). La preuve en est qu’il est tout à fait possible de superposer, même grossièrement, une carte des mines sur celle des viols et des abus des droits humains[2].

Selon Venatie Bisimwa, activiste à Bukavu Le viol est l’arme la plus économique qui permet la destruction de communautés entières. Son association organise une grève annuelle d’une journée du téléphone portable, idée que nous désirons reprendre (voir plus bas).

4) Le viol n’est pas uniquement une ‘affaire de femmes’ puisqu’un nombre croissant d’hommes se compte parmi les victimes.

Une attitude réaliste alternative

Et pourtant, l’univers des finances de l’industrie est loin d’ignorer des corrélations aussi sinistres.

Le 22 août dernier, un des acteurs majeurs de l’économie américaine, la Securities and Exchange Commission a renforcé le Dodd-Frank Reform Act. Cette mesure, votée initialement en 2010, oblige les sociétés sur le marché public à dévoiler l’origine des minerais dont elles font le commerce, si ceux-ci se trouvent en RDC ou dans un des pays frontalier, soit l’Angola, le Burundi, le Centre-Afrique, Congo-Brazzaville, le Rwanda, le Sud-Soudan, la Tanzanie, l’Ouganda et la Zambie. Ce qu’on a appelé la Loi Obama en RDC exige désormais des mesures concrètes et une surveillance accrue effectuée par des agences extérieures pour s’assurer de la transparence de toute transaction minière. Elle est le résultat de pressions exercées par des ONG telles que Human Rights Watch, le projet ‘Enough’ (assez) et Global Witness

. Des instances internationales s’en sont émues. Ainsi, l’OCDE a publié un guide recommandant le devoir de diligence pour des chaînes d’approvisionnement

responsables en minerais provenant de zones de conflit ou à haut risque.

Les effets se sont fait ressentir puisqu’un bon nombre de sociétés se sont pliées aux nouvelles directives. Ce n’est qu’un début, largement insuffisant sans une prise de conscience publique et mondiale.

Les insuffisances de la loi Obama

Les critiques de la ‘Loi Obama’ lui reprochent de soustraire les responsabilités au gouvernement congolais pour la remettre entièrement aux sociétés. Cependant, la corruption notoire aux plus hauts échelons de Kinshasa justifierait une accusation à son endroit. De plus, on a dit que cette loi a suscité un embargo total et une misère régionale accrue. Ces reproches ne prennent pas en compte que, depuis la promulgation de cette loi, les exportations clandestines se sont démultipliées. À cause de l’absence d’étiquetage, les minerais ont été transférés vers d’autres pays avant d’être expédiés, tout aussi frauduleusement, en Chine et en Malaisie, amplifiant une technique qui sert depuis des décennies à financer les milices à la solde des pays frontaliers avec le RDC. C’est ainsi qu’on arrive à des statistiques époustouflantes : il est probable que les deux Kivus (en RDC) ensemble produisent la plus grande quantité de casséritite sur le continent africain - cependant le Rwanda, qui n’en possède qu’une quantité infime, apparaît comme un des premiers exportateurs.

En dépit de tous ces problèmes réels qui exigent des solutions sur mesure, force est de convenir est que ce travail de fourmi menant à une régulation des pratiques est absolument primordial.

Le silence des organismes humanitaires

Alors, pourquoi les organismes humanitaires rechignent-ils mettre en avant le lien trouble entre viols, exploitation minière et économie globalisée ? Pourquoi ne travaillent-ils pas avec ces regroupements industriels, comme celui de l’étain l’ ITSCI (International Tin Supply Chain Initiative) et les quelques ONG qui planchent sur cette question, à peine entendues par le grand public[3] ? Que ce soit dans les rapports de Oxfam ou les derniers efforts du gouvernement britannique pour créer une cellule de crise sur le viol, on ne trouve que des poncifs. Certes, Amnesty dénonce ces chefs de guerre qui se battent pour le contrôle des ressources, mais qui, parmi ces militants contre le viol, nomme les bénéficiaires ou incrimine la fabrication des outils électroniques que nous utilisons tous ? Est-ce parce que ces organisations sont situées dans les pays qui abritent les sociétés condamnées déjà à maintes reprises pour leurs usages abusifs (comme Glencore en Suisse ou Anglo-Ashanti Gold en Angleterre) qui néanmoins financent des ’bonnes œuvres’, histoire de blanchir quelques fonds et se dédouaner ? Une hypothèse parmi tant d’autres...

Pour information, précisons que Glencore ,une des premières sociétés minières du monde, est connue pour son opacité. Cependant, de nombreux rapports font état de l'utilisation de main d'œuvre enfantine dans les mines au Congo, de pollution massive (Zambie, RDC), de recours à des paramilitaires pour accéder à des mines (Colombie) et ainsi de suite. Cependant, c'est une des sociétés les plus riches au monde domicilée en Suisse comme l'OMS et un nombre d'autres organismes humanitaires.

De même pour Anglo-Ashanti Gold , dénoncé par Human Rights Watch pour avoir versé des pots de vin au Front des Nationalistes et Intégrationnistes, le FNI) pour accéder aux mines au Kivu au Nord Est du DRC en 2005.Depuis, d'autres accusations d'abus sévères des droits humains dans d'autres mines ont suivi, en Colombie au Ghana et au Mali. Cette puissance société est côtée sur les bourses de New York, Johannesbourg,, Accra, Londres et à Sidney

Après tout, en Afghanistan, les États-Unis négocient bien avec les Talibans et consorts, tout en ayant mis en place des institutions dont le but serait (théoriquement du moins) le soutien et la promotion des droits des femmes.

Pour une technologie sans violence

L’Association FemAid, avec Women in War initie une campagne de sensibilisation qui doit mener à une journée mondiale de grève de téléphone mobile, afin que pression soit faite sur l’industrie pour apposer un sceau garantissant le non-recours au viol et aux abus des droits humains dans la fabrication de tout objet électronique.

Pour y aboutir, il faudra la participation de toutes les associations intéressées et surtout une prise de conscience planétaire des enjeux de nos pratiques quotidiennes.

Pour tout renseignement Contact FemAid info@femaid.org

Carol Mann, le 22 septembre 2012

Voir aussi l'article de Carol Mann et Alphonse Maindo publié sur le site ''Now Africa'' de septembre 2012:

Sexual Violence in the DRC: What Good is the Dodd-Frank Act?

L'article paru sur le site Egalité le 25 septembre 2012: Economie mondialisée et viol en RDC

L'article paru sur le site de Sisyphe, le 26 septembre 2012: Du viol en RDC à nos téléphones portables- La violence faite aux femmes, instrument de l'économie mondialisée

[1] Plus de 5,5 million de morts, 2,5 millions de réfugiés selon le ‘Enough Project’.
[2] selon les premières conclusion d’une commission d’enquête mise en place par le CEREPSAN à Kisangani et Women In War/Femaid à Paris.
[3] Principalement Human Rights Watch, le projet ‘Enough’ et Global Witness.

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